Retour sur les Auditions de Xavier Niel et Stéphane Richard

A l'occasion de ses 2 dernières séances, la Commission des Affaires Economiques de l'Assemblée Nationale a auditionné successivement Xavier Niel, fondateur et dirigeant d'Illiad, maison mère de Free et Stéphane Richard, PDG de France Telecom Orange.

Ces auditions ont bien entendu été marquées par des discussions autour du lancement de l'offre freemobiles, qui depuis le 10 janvier suscite chaque jour de nombreux commentaires voire de polémiques.

L'audition de M. Niel, habile communicant, a permis de confirmer le statut de « trublion » du désormais 4ème opérateur mobile. Les références à ses concurrents étaient nombreuses et il s'est efforcé de démontrer que son entreprise ne pratiquait pas le « low cost » mais se livrait plutôt à une « gestion raisonnable ». Celle-ci est selon lui nécessaire pour parvenir à proposer des offres compétitives, ce qui est une exigence dans la mesure où selon son analyse, les dépenses de téléphonie mobile sont désormais des dépenses contraintes. M. Niel a également défendu sa stratégie d'investissement, dans le fixe et dans le mobile, rappelant que le déploiement et la possession de son propre réseau étaient des éléments primordiaux pour atteindre la rentabilité souhaitée.

S'agissant de la polémique quant à l'activation effective ou non de son réseau, le fondateur de Free s'est déclaré confiant, avançant que cette polémique visait selon lui à dénigrer le nouvel entrant.

Le PDG de France Telecom a également dû évoquer largement son concurrent Free. Stéphane Richard s'est tout d'abord fortement élevé contre les propos de dénigrement tenus par Xavier Niel vis-à-vis de ses concurrents. Ces propos ont en effet été perçus comme très offensants par les salariés. L'accord commercial d'itinérance qui permet à Free de faire transiter les communications sur le réseau d'Orange en attendant de couvrir l'ensemble du territoire, a par la suite été longuement évoqué. Sans en révéler les détails, M. Richard a affirmé que ses conditions d'application ne pouvaient être considérées comme avantageuse pour Free, comme cela avait été avancé par un troisième concurrent. Pour le PDG de France Telecom, le vrai sujet est actuellement en discussion : il s'agit du prix demandé par Free aux autres opérateurs pour acheminer les sms provenant de leurs abonnés vers ses autres abonnés, ce prix pouvant être supérieur aux SMS effectuant le chemin inverse, pendant une période transitoire. Les exigences de Free sont selon ses mots « inadmissibles ». La faiblesse des prix des offres de Free s'expliquerait selon M. Richard par le niveau d'asymétrie de cette terminaison d'appel.

Entre ce sujet et les nouvelles mesures que l'ARCEP a décidé d'elle même d'effectuer sur le réseau de Free, il y a fort à parier que ce sujet défraiera de nouveau la chronique économique, d'autant que SFR a révélé avoir écrit à l'ARCEP pour lui transmettre les mesures effectuées par ses soins. Dans ce courrier, SFR affirme que « dans certaines communes réputées couvertes par Free Mobile, les appels ont transité majoritairement, voire quasi exclusivement par le réseau en itinérance d'Orange »

Il ressort nettement de ces auditions et de la récente actualité qu'une nouvelle guerre du mobile a été lancée avec l'arrivée de freemobiles. Si la bataille du prix semble pouvoir tourner dans un premier temps à l'avantage du consommateur, nous devons rester extrêmement vigilants aux conséquences potentielles sur l'emploi et la capacité d'investissement. Cette remarque vaut pour l'ensemble de la filière qui doit assimiler ce bouleversement. Dans les prochains mois, il faudra donc veiller à ce que cette concurrence exacerbée permette d'atteindre un équilibre entre baisse des prix au bénéfice du consommateur et maintien des emplois et des investissements sur l'ensemble de la filière.

Sur tous ces sujets, une audition de l'ARCEP par la Commission des Affaires Economiques serait certainement pertinente.

publié le 08/02/2012 .... Réactions (3)